Les Gorges du Tarn

Dans le silence profond des gorges, l’eau du Tarn,
serpente et murmure son art captivant,
Les falaises fières et secrètes se dressent comme
des gardiennes du temps,
Les roches taillées par le souffle ancien,
sont les témoins d'un monde en exubérance,
Sous le ciel azur, où la brume danse, les vallées
se perdent dans une douce transe.
Le Tarn, en son lit, roule ses eaux claires
de légendes en histoires,
Les gorges s’étirent, majestueuses sous
la caresse du vent et de l’air serein,
Dans ce paysage sculpté par les âges
à chaque tournant sa nouvelle histoire,
Peuplée de rêves, d’amour et de paix,
loin des turbulences du temps incertain.
Ô Gorges du Tarn, vallée des mystères,
écrin secret de la nature,
Ton serpent d'argent aux eaux cristallines
glisse entre tes falaises de droiture,
Sur tes géants de pierre, fiers et immobiles,
le vert des forêts ajoute une douceur sereine,
Dans ton souffle, entre roc et ciel, on entend
l'écho d’une époque lointaine.
Tels des perles sur un fil, les villages suspendus
s'intègrent à ce décor rocailleux,
Le silence paisible n’est brisé que par le murmure
de l’eau et le chant des oiseaux mélodieux,
Balade intemporelle où chaque virage révèle
un tableau inédit au-dessus de l’onde,
Un lieu où l'âme peut se perdre, se retrouver
et se remplir de l'immensité du monde.
Au pied du causse Méjean et des Cévennes,
Florac, à l'entrée des gorges du Tarn,
Au carrefour du schiste des Cévennes, du granit
du mont Lozère et du calcaire des Causses,
Au confluent de trois cours d'eau peuplés
de grosses truites, le Tarnon, la Mimente et le Tarn,
Florac au carrefour de la pierre et de l'eau,
à l’aise au fond de sa conque en fosse.

Ses maisons patriarcales mal alignées
le long de l’unique rue,
Sa belle fontaine bouillonnante dans
son écrin rocheux sombre,
Son affinité avec la montagne où elle
cherche abri et ombre,
Donnent au village un air champêtre
et une allure grandiose, détendue.
De Florac à Ispagnac les deux montagnes
formant le cañon pagailleux,
S’alignent parallèlement, face à face, hardies,
fières, hautes en courage,
Dans le bas des lambeaux de prairies,
des châtaigniers aux troncs noueux,
La vallée s’évase, loin du ravin,
voilà Ispagnac au détour d’un virage.
Dans l’axe d’une des fissures sillonnant la montagne,
perpendiculaire à la rivière enrochée,
Castelbouc surgit dans toute sa gloire,
un village semi-troglodytique à la falaise accolé,
Sur une impressionnante paroi du causse Méjean,
son château en ruine perché,
Sa grotte abrite des empreintes de dinosaures
datant de cent-soixante-huit millions d'années.

Nichée au cœur des gorges, une perle rare,
sur le fil du temps enfilée,
Sainte-Énimie une beauté au fil des siècles
avec ses maisons à colombages préservées,
Des parois calcaires à la silhouette imposante,
sur un vert profond des montagnes escarpées,
Semblent l’enlacer tendrement dans son écrin
naturel, du tumulte du monde la protéger.

Les « puteos » ou pics, ressemblent à des géôliers,
dans ce village tout de pierres vêtu,
Ces masses compactes qui l’entourent
sont des murs de prison sans issues,
Le village ressemble à un prisonnier
au fond de son oubliette disparu,
D’où la princesse Énimie, de la lèpre,
par les eaux du Tarn fut secourue.
Après Saint-Chély l’embarcation s’avance
sur la nappe d’eau paisible, romantique,
Le son de nos voix, répercutées par la voute
sonore se renflent en mugissements,
Au-dessus de nos têtes les cristaux de stalactites
brillent de mille feux éclatants,
Sur un lac de forme oblongue, Martel découvrit
la féérie d’une caverne antique.

Noyé dans un nid de verdure, paraissant collé
aux flancs de cette roche médiatique,
Le château de La Caze, bâti sur une terrasse,
sur le Tarn s’avance à pic,
C’est un Mostuéjols, capitaine La Caze,
qui lutta contre les huguenots du Gévaudan,
Ses huit filles, belles et intrépides amazones,
y attiraient toute la noblesse des élégants.
Après la citadelle, la rivière ralentit,
les ondulations des gorges s’atténuent,
Le bateau glisse paisible sur l’onde transparente,
au loin comme des mâts nus,
Se dressent les frêles silhouettes de l’antique
château-fort de Castelos en perdition,
Plus loin, au moulin de La Malène, les sans-culottes
terrorisèrent et brûlèrent les maisons.
Enchâssé sur les rives profondes du Tarn,
témoin silencieux d’un temps venu d’ailleurs,
Ses murs anciens murmurent encore des secrets,
de fées, de chevaliers et de seigneurs,
Ses tours s’élèvent, fières et solennelles,
surplombant le canyon, comme un matador,
Entre les montagnes, sous le ciel azur,
le Château de La Malène, reste un trésor.
Au détour de la rivière un bloc de forme
singulière se dresse devant nous, écorché,
Le Castel de la Peyre, un rocher qui fut un château,
un château qui n’est plus qu’un rocher,
L’énorme monolithe jaillit de terre comme
un colossal champignon grotesque,
Son pédoncule grêle se renfle vigoureusement et se déploie en orbe gigantesque.
C’est enfant prodigue de la famille des rochers
du grand cirque des Vignes,
A un frère, comme lui solitaire et boudeur
qui se dresse dans son désert, digne,
C’est Coboussude qui, comme son rival,
portait jadis un château sur son sommet bossu,
Pour savoir le Tarn, il faut sonder ses profondeurs
tirant le rideau sur les splendeurs inaperçues.

Oh, rivière Tarn, témoin du temps qui passe,
toi qui sans fin glisses sous les ponts d’antan,
Miroir des cieux aux aurores roses, aux crépuscules bleus,
tes falaises bordent ton cours majestueux,
Dans ton sillon caressant les rives d’argile,
emportant des secrets au fil du temps,
Les siècles défilent, les villages se posent,
ton eau murmure aux vallées des vœux précieux.
Guy Pujol dit l’ARIÉ…..JOIE