Les Colombiers du Sud-Ouest

Ils sont là, posés sur la peau dorée des coteaux d’Occitanie, petits temples de
pierre blonde, fiers petits seigneurs de pierre et de tuiles, qui veillent encore
sur nos campagnes comme des gardiens d’un temps ancien. Leur ombre s’étire,
lente, au fil du soir, et l’on croit entendre encore, dans le bourdonnement des
cigales, le frou-frou d’ailes d’un temps ancien, paysan et noble.

Quatre arches le soulèvent, comme si la terre reconnaissante, lui offrait de danser,
Sur quatre pieds d’orgueil, il danse au vent qui passe, il s’ouvre à la lumière du Sud, léger
Le vent s’y promène en troubadour, sous lui, le foin s’endort, la colombe s’enlace.

Sage comme un vieux cep, rond comme un vieux baril, solide et sans crâner,
Les pierres du pigeonnier cylindrique tournent avec le temps, doux frère du pressoir,
Il a la douceur des choses simples, celle du pain chaud, et du soir qui descend sur la vallée,
Il garde dans ses murs un parfum de pommade, et l’écho des saisons s’y mêle au pur espoir.

Il a l’humilité du travail bien fait, plus bas, plus trapu, fier de sa mine épurée,
La toiture du pied de mulet, un peu basse, défie les colères du ciel fou,
Il n’est pas vaniteux, il veille, tout simplement et sous sa tuile ébréchée,
Un couple d’ailes s’endort, couvant la tendresse dans l’ombre du nid doux.

Celui-là se dresse comme un prince gascon, ses piliers sculptés le portent vers l’azur, embrasé,
Le pigeonnier sur colonnes tel un oiseau prêt à s’envoler entre ciel et vigne, médite, silencieux,
Prince de pierre, il a vu passer les guerres, les labours, les moissons des gens besogneux,
Ses colonnes font danser l’apothéose d’un Sud aux mille chants, qu’aucun temps ne fanerait.
Ô colombiers du Sud, dans les replis du Tarn, du Gers, du Lauragais ou de l’Ariège,
Fiers joyaux des campagnes, vos toits rouges s’allument au soir comme un adieu,
Sous vos arches dort un peuple qui cachait un peu de son âme en arpèges,
Colombiers de mémoire, le ciel vous bénit d’un grand battement d’ailes radieux.

OÔ tours du Sud-Ouest, gardiennes des campagnes, vos pierres ont le goût du vin et de l’huile,
Le temps s’endort au bord de vos montagnes, mais l’âme d’un país dort encore sous vos tuiles,
« Ailàs, lo temps se’n va, mas l’aubre demòra », Hélas, le temps s’en va, mais l’œuvre demeure,
Dans vos murs fendus, chante encore la blanche colombe, roucoulant heure après heure.
La Légende du Pigeonnier d’Assézat
C’était au temps où Toulouse brillait comme un bijou de saphir, où les
riches capitouls s’enduisaient les doigts d’or bleu, et où les coteaux
chantaient, du Gers au Lauragais, sous la brise tiède du bonheur des
hommes et des pigeons.
Sur une butte se dressait un pigeonnier, chef-d’œuvre minuscule d’arcs
et de tuiles vernissées. On disait qu’il appartenait à la maison d’Assézat,
dont les coffres débordaient du pastel des marchands.
Mais dans l’ombre des champs, un autre trésor veillait : Janòu, fils de
paysan, maître des pigeons, ses mains sentaient la paille, la craie, le
grain et son regard, lui, savait parler aux ailes.
Or, la fille du seigneur, Clarmonde d’Assézat, avait le cœur plus
ardent que les toits de juillet. Chaque soir, fuyant les salons empesés,
elle gagnait le pigeonnier, robe levée sur l’herbe, pour écouter les
oiseaux roucouler au crépuscule.
Janòu, là-haut, réparait une pierre fendue. Leurs yeux se croisèrent, un
simple instant, mais la Gascogne entière en frissonna.
Elle rit : « Que’t va plan, mèstre Janòu ? », Vous vous portez bien
maître Janou ?
Et lui, rougissant : « Pas tant coma vos, domaisèla… » Pas autant
que vous, demoiselle.
Les jours passèrent, les pigeons devinrent complices. Sous leurs ailes
s’échangeaient des billets parfumés, des brins de lin bleu, des mots
d’amour discrets. Le pigeonnier vibrait de leurs murmures, un temple
de pierre devenu chapelle des cœurs.
Mais un soir d’orage, le père Assézat, furieux, surprit les deux amants
sous le toit de tuiles. Janòu fut chassé vers la plaine, et Clarmonde,
enfermée dans sa tour d’ivoire.
On dit pourtant que, dès lors, un couple de pigeons blancs ne quitta
plus le pigeonnier. Toujours un mâle hardi et une femelle douce,
roucoulant sous la lune d’Occitanie.
Et chaque printemps, au lever du jour, le vent porte encore un murmure :
« Que’t va plan, Clarmonde… » « Pas tant coma vos, Janòu… »
Car l’amour, quand il naît sous les ailes du Sud ne meurt jamais,
il devient légende.
En mémoire des amours défendus entre Janoù et Clarmonde je vous
offre ce morceau musical :
Vole colombe vers ma belle
Dis-lui qu’un jour, je reviendrai
Dis-lui l’amour que j’ai pour elle
Et que jamais je ne l’oublierai
Guy Pujol dit l’ARIÉ…..JOIE