Le « Viatjaïre » en Pays Catalan,
Au pied du Canigou que le vent balaye, Perpignan baigne son empire cardinal,
Dans l’éclat catalan des ors de Majorque, où l’histoire palpite, solennelle,
Le Castillet, garde rouge des siècles passés, fut tour à tour portail, geôle et tribunal,
Tes briques cuites par les révoltes, ont vu pleurer les condamnés et danser l’ombre des rebelles.

Au palais des Rois, sous les voûtes médiévales, le pas de Jaume II résonne, solennel et antique,
La pierre chante, le vent balance les étendards des anciens doutes gothiques,
Et voici la gare où Dali, vit l’univers danser sous la belle coupole aux formes extensives,
Centre cosmique, le plafond d’or, comme un vivant, y tisse l’âme des rives.
Enfin Saint Jean-Baptiste, noble et vertical, son clocher de fer forgé perce le ciel catalan,
Dans la nef où l’encens se pâme, le soleil mord les vitraux d’antan,
Lors du traité des Pyrénées le sang bleu des rois coula dans l’encre des frontières,
Perpignan, tu gardes en toi l’écho des deux terres entières.
Là où la Têt finit sa course azurée, Canet s’éveille au bord des flots,
La plage s’étend, paisible et berce au vent les rêves des séjours chauds,
Saint-Cyprien, plus bas, tend son ruban de sable, sur six kilomètres d’or tranquille,
Maillol sur l’esplanade semble sourire, son bronze écoute la mer et ses délires.
Collioure, Vauban prit tes murs dans sa main, comme un dé jeté vers l’abîme,
Ton église Notre-Dame-des-Anges veille au matin, sentinelle des flots, sublime,
Son dôme danse sur les vagues, le retable, roi des repos, porte l’or comme un luminaire sacré,
Sur Boramar le Fauvisme naît, Matisse et Gaugain y font un autel pour l’art vif et exalté.

Entre deux caps, sur la mer bleu, Paulilles s'endort, là où la dynamite éclatait,
Mais la poudre a cédé, dans un souffle apaisé, à l'écho des barques que l'on vient réparer,
Le Béar dresse sa tour, sentinelle des vents, trois éclats, vingt secondes, et la nuit s'incline,
Le granit s’effrite au flanc du continent, là où la mer épouse les falaises marines.

Dans le creux de sa baie, Banyuls veille, entre galets, vin doux et passion.
Maillol, fils du lieu, sculpta des femmes nues, massives, au silence charnel en idéation,
Madeloc veille au loin, sur les vignes pentues dont les ceps noueux tiennent les pierres serrées,
Et dans les caves sombres, les crus rouges et bruns mûrissent leur soleil sous le sceau millésimé.
Au Cellier des Templiers, comme un psaume sucré, sous la langue le nectar s’invite,
Et les boles fumantes, dans l’assiette chantent la terre, l’huile et les fêtes passées,
Cerbère, ultime cri des rails face au ponant, berce son anse en rêve au bord de l’océan,
Le train s’endort ici, d’un dernier coup de frein, sous l’œil du Belvédère et du silence d’airain.
Sous un ciel d’opale, l’aube entrouvre ses cils,
Dressés comme un grand orgue aux piliers immobiles,
Les colonnes d’Ille-sur-Têt s’embrasent lentement,
Dans le feu matinal, naissant et rayonnant.
Dressés comme un grand orgue aux piliers immobiles,
Les colonnes d’Ille-sur-Têt s’embrasent lentement,
Dans le feu matinal, naissant et rayonnant.
Les amandiers en fleurs, frêles et téméraires,
Déploient leurs corolles, nuées éphémères,
Un vent tiède, discret, fait frissonner leurs voiles,
Et disperse en silence un nuage de pétales.
Déploient leurs corolles, nuées éphémères,
Un vent tiède, discret, fait frissonner leurs voiles,
Et disperse en silence un nuage de pétales.
Au loin, le Canigou, monarque souverain,
Pose un manteau neigeux sur l’horizon serein,
Pose un manteau neigeux sur l’horizon serein,
Son ombre coule encre bleue sur les failles,
Et glisse jusqu’aux chaos que la lumière entaille.
Entre ces hauts piliers et les branches fleuries,Et glisse jusqu’aux chaos que la lumière entaille.
Tout s’accorde en un chant d’antique mélodie,
Et là, le voyageur, ému jusqu’à la lie,
Sent l’aile d’un Ange Bleu frôler sa rêverie.

Le Canigó, Roi catalan des Pyrénées
Majestueux seigneur, couronné de blancheur, ton nom seul fleurit notre fierté dans nos cœurs,
Depuis les vignes d’or jusqu’aux cimes de neige, ta silhouette veille sur la Catalogne en fleurs,
Noble sentinelle du Sud, tes flancs ont vu marcher tant de peuples pieux,
De Canet à la Cerdagne, jusqu’aux gorges profondes, ton regard embrasse le monde comme un dieu,
Sur tes sentiers poudreux, les pèlerins ont semé leur fatigue et leurs songes divins,
Et quand l’ombre descend sur ta face endormie, un parfum d’éternel embaume tes chemins,
Toi, le Canigó, que nul homme ne dompte, tu consoles l’exil, tu entonnes ta chanson,
D’un regard souverain tu bénis les saisons et dresses vers le ciel tes mille oraisons,
Oh montagne sacrée, splendeur inaltérée, les viatjaïres chaque été te murmurent leurs secrets,
Tu portes nos racines au-delà des Pyrénées, Canigó, roi des monts, notre fierté jurée.
Guy Pujol dit l’ARIÉ…..JOIE