La Sicile de Palerme à Catane
Cefalù tire son nom du promontoire rocheux de 270 m de haut, la Rocca,
Contre lequel elle fut bâtie proche de la mer Tyrrhénienne devenant la station des tifosis,
Il serait dommage de ne pas visiter le joyau de la nature de Pineta di Grotta Grattara,
Et ses superbes formations rocheuses surplombant le village en terrasses de Gratteri.
Peuplé depuis l’antiquité, Erice sera un centre religieux en rapport avec le culte d’Aphrodite,
Ce village des hauteurs est protégé par les vielles murailles cyclopéennes des phéniciens,
La ville a été connue comme “la ville aux cent églises” dont celle de Duomo dell’Assunta, Madrice dite,
Grace à son altitude, ses places et terrasses, c’est un des plus beaux belvédères pour les Siciliens.

En surplomb sur la mer, Siacca anciennement connu comme les thermes de Sélinonte mythiques,
Le Palais Tagliavia San Giacomo, ancien bâtiment construit en 1400 trône au centre historique,
Proche de la Torre del Pardo du Moyen Age, et du Palazzo Perollo du 15è s., de style tardo-gothique,
Dans les boutiques on peut admirer les véritables et authentiques céramiques d'expression artistique.
Dans l'Odyssée d'Homère, Ulysse doit passer le détroit de Messine entre deux monstres, Charybde et Scylla,
La ville dispose d'une université importante et historique, fondée en 1548 par Saint Ignace de Loyola,
Dans le clocher de la cathédrale l'horloge astronomique représente chaque jour par une divinité païenne,
Portée en triomphe sur un char tiré par différents animaux, cheval, cerf, panthère ou chimère doyenne.
Située aux pentes du volcan Etna, Catane, a été détruite sept fois au cours de son histoire,
Ville grecque, romaine, byzantine, arabe, espagnole et italienne, son histoire est fusion de civilisations,
Sa Cathédrale, près de laquelle il y a la célèbre fontaine de l’Eléphant est l'icône de la ville aux pentes noires,
Le pittoresque marché aux poissons, l’amphithéâtre romain et l’Odéon méritent toute l’attention.
Les quatrains suivants sont inspirés d’un texte poétique sur
« La Vie errante » de Guy de Maupassant lors de son voyage en Sicile en 1890.
Couchée au milieu d’un vaste cirque de montagnes nues, d’un gris bleu nuancé parfois de rouge,
Palerme est divisée en 4 parties par 2 grandes rues droites qui se coupent en croix au milieu,
De ce carrefour, on aperçoit, la montagne au bout de ces immenses corridors d’habitat vétilleux,
On voit aussi une tache d’un bleu cru, la mer qui semble tout près, sans qu’elle ne bouge.
Dans la lourde construction du Palais-Royal, ancienne forteresse des Normands est enfermée,
La Chapelle Palatine se nichant dans l’élégance d’une cour intérieure de colonnes entourée,
Petite basilique à trois nefs aux murs couverts d’immenses mosaïques à fond doré,
Où sous la coupole, vous regarde un Christ colossal, ceinturé par des anges aux ailes déployées.
À mi-hauteur dominant Palerme la petite ville de Monreale, célèbre par ses monuments anciens,
La cathédrale, « Il Duomo », long de cent mètres, en forme de croix latine, avec trois absides
Et trois nefs, séparées par dix-huit colonnes de granit oriental et ses grandes mosaïques placides,
Couvrant entièrement les murs de l’histoire du Messie et des Apôtres du Testament Ancien.
Sur la côte sud de la Sicile, Agrigente offre le plus étonnant ensemble de temples à contempler, unique,
Le Temple de la Concorde se détache admirablement avec ses trente-six colonnes doriques,
Debout, sur l’immense draperie verte qui lui sert de fond, dans cette campagne déserte,
Proche du temple d’Hercule, du gigantesque temple de Jupiter, face à la mer bleue entre les cimes vertes.

Temple de la Concorde à Agrigente par Lilou Losego
Dominant la colline Bàrbaro, les ruines grecques de Ségeste rappellent la légende
de la Guerre de Troie, hors-d’âge,
Le temple dorique aux trente-six colonnes, posé au pied de cette montagne,
anime à lui seul, l’immensité des parages,
Sur Sélinonte, les colonnes éboulées, tombées côte à côte,
ressemblent à des soldats morts en héros,
Ces ruines de temples géants, les plus vastes qui soient
en Europe, emplissent la plaine et couvrent le coteau.
Face à la mer on reste à rêver devant ces admirables souvenirs
du plus grand des peuples artistes éternels,
Il semble qu’on ait devant soi l’Olympe d’Homère, d’Ovide,
de Virgile, l’Olympe des dieux charmants, charnels,
Faits comme nous, personnifiant poétiquement
toutes les tendresses de notre cœur d’amadou,
C’est l’Antiquité tout entière qui se dresse sur ce ciel
antique, une émotion puissante pénétrant en nous.
Au bout de la colline aux temples commence une
surprenante contrée qui semble le vrai royaume de Satan,
Là où le diable habite dans un vaste pays souterrain, plein
de soufre en fusion, où il fait bouillir les damnés par cent,
On rencontre ici la bizarre colline de Maccaluba, couverte
de cônes de deux à trois pieds de haut, peu grands,
Tous laissent couler leur boue chaude, lancent des pierres
en l’air et ronflent en soufflant des gaz puants.
Ils semblent grogner, honteux, abcès crevés lâchant
la suppuration du sol, petits volcans bâtards et lépreux,
En entrant dans les montagnes, devant nous un vrai pays
de désolation, une terre misérable qui semble maudite,
Les vallons s’ouvrent, gris, jaunes, pierreux, sinistres,
portant la marque de la réprobation divine, bénite,
On aperçoit enfin, de place en place, quelques vilains bâtis,
ce sont les mines, vraies sources de soufre laiteux.
Là-bas, en face de nous, les Lipari jettent sur le ciel
une épaisse fumée blanche, ce sont Volcano et Stromboli,
Lipari, quelques maisons blanches au pied d’une grande
côte verte, pas d’auberge, aucun étranger n’abordant ici,
Fertile, charmante, entourée de rochers admirables,
on y trouve des eaux thermales à 50° chauffées,
Lipari est terminée, au nord, par une singulière montagne
de neige, là on tire la pierre ponce pour le monde entier.

Plus loin le cône du Volcano sort des flots, comme un volcan noyé jusqu’à sa tête
au jaune aveuglant sous l’éclatant soleil,
Un étroit sentier qui serpente dans la cendre et dans la lave,
va, vient et revient, escarpé, glissant et dur,
Parfois, on aperçoit une immobile cascade de soufre
qui s’est épanchée par une crevasse, comme une griffure,
On dirait des ruisseaux de féerie, de la lumière figée,
des coulées de vermeil.
Sur le faîtage, par un trou gros comme la tête d’un homme,
s’échappe d’immenses jets de flamme et de vapeur violentes,
Tandis qu’on voit s’épandre des lèvres de cette bouche
le soufre liquide, doré par le feu formant un lac jaune bien vite durci,
Sur la cendre chaude et la lave jusqu’au bord de cette cuve immense,
« la Fossa », j’avance tout ébloui,
Ici fleurissent d’étranges cristaux et moussent des acides éclatants
dans ce gouffre mugissant sous un soleil à la lumière ardente.
Derrière moi, l’Etna gigantesque semble regarder
au loin ses enfants et ses petits-enfants,
Écrasant de son poids formidable, monstrueux, et de sa tête
couverte de neige toutes les autres montagnes dominant,
Pour comprendre les dimensions de ce lourd géant,
il faut le voir de la mer, près de la Calabre aux rives montueuses,
Où le détroit de Messine s’ouvre comme l’embouchure
d’un fleuve pour entrer dans son port à l’allure tumultueuse.
Un homme n’aurait à passer qu’un jour en Sicile et demanderait : « Que faut-il y voir ? »
Je lui répondrais sans hésiter, Taormine, village accroché sur une grande montagne en sommeil,
Comme s’il eût roulé du sommet où l’on va au théâtre grec, pour y voir le coucher du soleil,
C’est un paysage où l’on trouve tout ce qui semble fait sur la terre
pour séduire les yeux, l’imagination et l’espoir.

Les Grecs en décorateurs incomparables, ont construit le théâtre pour le bonheur des sens,
On voit d’abord la ruine, superbe, écroulée, et ses charmantes colonnes
de marbre blanc coiffées de leurs chapiteaux,
Par-dessus les murs, on aperçoit la mer à perte de vue,
la rive semée de rochers énormes et peuplée de villages blancs,
Puis dominant le tout, emplissant la moitié du ciel
de sa masse, l’Etna couvert de neige, fumant sous son chapeau.
Ce monstre énorme où de sa gueule noire et démesurée a vomi un flot brûlant de lave salaude,
Coulant sur ses pentes douces ou rapides, comblant des vallées, ensevelissant des villages hagards,
Ces flots lents, pâteux et rouges, devenus sombres en se durcissant, ont étendu, un pays noir et bizarre,
Crevassé, bosselé, tortueux, invraisemblable, dessiné par la fantaisie effrayante des laves chaudes.
C’est par Syracuse l’élégante, petite ville singulière et charmante qu’il faut terminer
l’excursion en Sicile rubiconde,
Elle fut illustre au temps de ses tyrans qui eurent des règnes célèbres
comme celui de Néron à l’ambition démesurée,
Elle a sur les bords du golfe un tout petit fleuve, l’Anapo,
où pousse le papyrus gardien secret de la pensée,
Moi, j’ai porté mes dévotions à celle enfermée dans
ses murs, une des plus belles Vénus du monde.
En pénétrant dans le musée, je l’aperçus au fond d’une salle,
et belle comme je l’avais devinée, mégalo,
Elle n’a point de tête, un bras lui manque, mais jamais forme humaine
ne m’est apparue plus admirable et plus troublante,
Ce n’est point la femme poétisée, la femme idéalisée,
la femme divine ou majestueuse comme la Vénus de Milo,
C’est la femme telle qu’elle est, telle qu’on l’aime, telle qu’on
la désire, telle qu’on la veut étreindre, aimante.
Elle est grasse, avec la poitrine forte, la hanche puissante,
la jambe un peu lourde après la cambrure des reins,
C’est une Vénus charnelle, qu’on rêve couchée en la voyant debout,
son bras tombé cachant ses seins,
De la main qui lui reste elle soulève une draperie dont elle couvre,
les charmes les plus mystérieux,
Le marbre est vivant, on le voudrait palper avec la certitude
qu’il cédera sous la main, comme la chair des envieux.
Elle déroule avec tout son charme cette ligne onduleuse
et grasse des dos féminins de la nuque aux talons,
Montrant dans le contour des épaules, dans la rondeur décroissante des cuisses en résiliation,
Dans la légère courbe du mollet aminci jusqu’aux chevilles, de la grâce humaine,
toutes les modulations,
La Vénus de Syracuse de cette beauté puissante, au torse admirable,
en marbre de Parosest la parfaite expression.
Guy Pujol dit l’ARIÉ…..JOIE