Sur la Route des Pharaons de Alexandrie à Abou Simbel
Au creux des sables, sous le ciel de feu, l’Égypte veille sur ses dieux,
Ô Nil éternel tes eaux sacrées chuchotent les voix des pharaons pieux,
Les pyramides, gardiennes du temps, se dressent fières, défiant les vents,
Leurs pierres lourdes, pleines de mystère, cachent des secrets que le désert défend.

Là où les vagues dansent sur le port, Alexandrie, des poètes et des sages tu fus la cité,
Ton Phare, septième merveille du monde sur la pointe Pharos, autrefois guidait les marins,
Ta Bibliothèque, temple des connaissances, abritait les mots sur des rouleaux malins,
Alexandrie, perle de la Méditerranée, ton nom à jamais dans nos cœurs est gravé.
Saqqarah, au royaume de Djéser
Avant Gizeh, avant Khéops, avant Louxor et ses temples grandioses,
Il y eut Saqqarah, l’ancienne capitale de l’Égypte virtuose,
Là où l’homme voulut monter au ciel par la pierre,
Un lieu sacré entouré de mastabas et de mystères.

Mais au cœur de cette cité des morts, se dresse un miracle de l’Antiquité,
La Pyramide de Djéser, souverain de la IIIe dynastie, vers – 2700 érigée,
Haute de soixante mètres, constituée de six gradins comme des marches superposées,
C’est la toute première pyramide de l’histoire humaine, de pierre composée.
Et ce génie, ce rêve de pierre, fut conçu par un homme au destin sacralisé,
Imhotep, architecte, prêtre, médecin et sage, aimé et divinisé,
Fils de Thot par le savoir, il pensa l’éternité non comme un tombeau austère,
Mais comme une ascension où la mort devint passage et non mystère.
Six gradins pour atteindre Rê, six souffles pour quitter l’enclos des aïeuls,
Tu fis de la tombe un escalier vers le soleil où les rois renaissent sous leur linceul,
Imhotep, que ton nom soit vénéré, tu n’étais pas pharaon,
Mais les siècles se sont tus devant ta sagesse de grand baron.
Au milieu des Pyramides

Sur le plateau de Gizeh, énigmatique, le Sphinx au regard perçant, garde son silence,
Sous son masque de pierre, témoin des siècles qui passent, il pense,
Face aux pyramides s’élevant fières et silencieuses, en hommage aux ancêtres sacrés,
Chaque bloc, chaque degré, est une offrande précieuse, aux âmes cachées.
Du Caire à Karnak
Le Caire s’éveille au chant du muezzin dans une agitation permanente,
La Place Tahrir, garde en mémoire 2011, autour de la « Révolution du Papyrus », clémente,
Sous ses minarets, le temps s’éparpille, en mémoire de la Pierre de Rosette vérace,
Dans son musée écrin, Toutankhamon brille sous son masque d’or et de grâce.
À Kôm el-Hettan, sur la route de Thèbes, arrêt face aux deux Colosses de Memnon,
Vestiges du temple gigantesque de Amenhotep III, de la 18° Dynastie le Pharaon,
Le roi, les mains posées sur les genoux, sur le trône de ses ancêtres assis,
Vénère le « Sema-Taouy », deux Nil nouant le papyrus et le lotus, symboles du double pays.

À Thèbes, cité du dieu Amon, les temples de Karnak et Louxor s’élèvent vers les cieux,
Amon, Isis, Horus, Osiris, offrent leurs bénédictions sur la terre fertile des aïeux,
Les hiéroglyphes, par chaque signe gravé, racontent des combats, des amours blessés,
Ô Égypte, pays des rêves perdus, que ton empire demeure dans l’immensité.

Les temples de Karnak, sentinelles de pierre, murmurent encore les secrets oubliés,
Les allées sacrées où les pharaons marchaient, résonnent toujours des prières chuchotées,
Les obélisques pointent vers le ciel infini, comme des doigts tendus vers l'éternité,
Karnak, sanctuaire des âges, ton mystère profond, rappelle ta grandeur passée.
Sous la bénédiction du dieu Thot, visite du Ramesseum de Thèbes,
Sous le ciel brûlant de Kemet, pour l’an 49 de la vie, l’Arié...Joie en carèbe,
Devant les mains gigantesques de Ramsès II, le silence devint épanchoir,
Le scribe-pèlerin, entre les colonnes du temple, laissa battre son cœur devant l’Histoire.

C’est à « Biban-el-Moulouk », signifiant en arabe « les deux portes des rois »,
Que nous partirons sur la rive occidentale du Nil, dans cette Vallée des Rois
Abritant 63 tombeaux des Pharaons de - 1500 à –1000, au Nouvel Empire,
Dont celui de Thoutmôssis III, le premier au nom de Pharaon, en bas de la « Descenderie ».
Adossé à la falaise de Deir el Bahari, le Temple de Hatchepsout, la femme Pharaon déifiée,
« Mon esprit considère l’avenir car l’âme d’un roi pense à l’Eternité,
Le Dieu pour rendre forte sa puissance sur terre m’a créée »,Maâtkarê,
« Première de toutes les déesses de la justice et de la force vitale de Rê ».

Embarquement sur les flots sacrés du Nil
Embarquement à Louxor, au cœur de la Haute-Égypte, là où les bateaux somnolent,
Comme des scarabées d’acier le long de la corniche des flots sacrés du Nil, alignés sagement,
Il clapote doucement contre leurs flancs, complice fidèle des départs au goût d’éternité,
Le ciel se teint d’or, portés par le murmure du fleuve sur la passerelle, montent les passagers.
Le Nil, ce dieu liquide, déroule son ruban d’azur au cœur du désert,
Où chaque vague chante les dieux et chaque rive veille les âmes comme un rosaire,
Il offre chaque année son limon noir, Hâpy, ventru et souriant, guide son courant avec joie,
Tandis que Khnoum, à la tête de bélier, pétrit l’argile de la vie pour les villageois.
De Edfou à Assouan
À cent lieues de Thèbes, Edfou s’éveille au pas des chevaux essoufflés,
Les calèches glissent entre les quartiers, vers le temple sacré que le sable a scellé,
Le géant pylône s’élève, gravé de Pharaon en conquérant des êtres soumis,
Massue levée, il frappe, les ennemis face à Horus gravé, témoin des temps bénis.

Faucon à l’œil d’orage, dieu vengeur, Horus monte la garde, porteur de deux couleurs,
La couronne double, rouge et blanche, unit Haute et Basse Égypte sous sa loi de batailleur,
Un couloir dressé entre piliers et murs, isole le saint lieu des regards familiers,
La Galerie de la Victoire, raconte les combats contre Seth, sur les murs hiéroglyphés.
Dans le cœur du temple, un trésor, la barque d’Horus, chef-d’œuvre en dévotion,
Sa coque en bois rappelle les tiges de papyrus, que les prêtres portaient en procession,
De longues perches guident la nef, elle glisse, comme un songe, entre vivants et mortels,
Symbole du voyage, du renouveau, du ciel, elle porte le dieu, faucon immortel.
Ô Kom Ombo, gardien du Nil, tu dresses tes colonnes vers l’horizon,
Ton verbe est partagé, deux dieux t’habitent, unis sans s’effacer,
D’un côté rugit Sobek, seigneur des marais, aux crocs lustrés de limon,
Il veille les crues, irrigue les sillons, il règne ici en dieu nourricier.
De l’autre plane Haroëris, œil de clarté, l’un voit le jour, l’autre veille la nuitée,
Faucon solaire, messager du ciel, il éclaire le doute et perce les majestés,
Kom Ombo tu es le temple des contraires, le feu dans l’eau, le tranchant pacifié,
Tes murs en offrandes gravées, racontent l’équilibre au peuple étouffé.

L’Égypte savait que toute vie est un équilibre entre l’eau qui donne et l’eau qui engloutit,
Kom Ombo n’est pas qu’un temple, gravé dans la pierre, c’est un message de vie,
Chaque salle, chaque mur, chaque escalier biface révèle la dualité,
Le croc de Sobek et l’œil d’Horus, le chaos contenu, la lumière révélée.
Dans l’écrin d’Assouan, le fleuve aux reflets d’or, berce l’hôtel des orientaux,
À l’Old Cataract, Thomas Cook y posa ses songes coloniaux,
L’Aga Khan repose sur les hauteurs où une rose l’attend, chaque jour déposée,
La Bégum fidèle, d’un amour sans détour, lui rendit sa promesse méritée.

La plume d’Agatha, dans Mort sur le Nil s’épancha, dans son panorama sinistre,
Alors qu’à l’île Éléphantine, les obélisques d’or s’érigèrent par la syénite,
Là coule un nilomètre, dans ses marches usées,
Mesurant la fortune grâce à la crue des moissons sacrées.
Kitchener, le lord aux penchants fleuris, fit germer une île aux accents floraux,
Du Soudan à l’Asie, sa passion botanique le chargea de fleurs et de rameaux,
Au cœur d’un village nubien éclatant de couleurs, de vie et de chaleur,
Le Nil caresse les rives d’un monde hors du temps, dans ses clameurs.
Les murs peints de turquoise, d’ocre et de safran, racontent des légendes troubadouresses,
Au creux d’une maison ouverte, un homme nous montre de jeunes crocodiles,
Dans leur bassin de pierre, sculptures vivantes, ils reposent, presque immobiles,
Quand les enfants riant à gorge déployée, offrent leurs poupées tressées de tendresse.
Philae, l’Île des Dieux
Quand les eaux d’Assouan, libérées de leur lit, submergèrent la perle du Nil,
Philae se noya, mais jamais ne mourut, son âme fut sauvée, son temple reconstruit,
L’UNESCO la transporta, pierre après pierre, sur l’île d’Agikia,
Isis, sous son diadème doré, toute auréolée veille encore sur Philae.
Et le soir revenu, Philae illuminé dans un Son et Lumière phénoménal revit,
Sur un texte d’André Castelot conté par Suzanne Flon et Jean Topart,
Dans ce lieu fascinant défile la vie d’Osiris, roi juste, trahi par Seth l’impie,
Mais Isis la magicienne, l’aime, le cherche, le fit renaître, tout un art.

Ô Philae, île où le Nil se fait soie,
Isis, drapée d’étoiles, ses voiles y déploie,
Dans son sanctuaire bâti de rose et de lumière,
Dans le miroir de l’éternel retour elle berce Osiris ressuscité, fière.
Les colonnes chantent encore les litanies sacrées,
Où l’eau, le vent et le granit épellent sa magie innée,
La déesse y versait des larmes d’or et d’azur,
Tandis que les bateaux d’Égypte s’arrêtaient, muets face à la démesure.
Aujourd’hui, sous ton talentueux pinceau, Lilou mon amie,
Le temple de Philae renaît en lavis d’aquarelle et de nostalgie,
Chaque pigment est une offrande à l’horizon,
Comme si Isis elle-même avait guidé ta main, par passion.
Ton lavis est une offrande, plus précieuse que l’encens,
Un fragment d’éternité posé sur le papier fragile,
Philae dans tes couleurs chatoyantes en reste tout tremblant,
Comme si la déesse avait respiré sous ta main agile.
La romance d'Abou Simbel
Au seuil de la Nubie, sous le regard des dieux, Ramsès fit jaillir de la roche sa folie,
Quatre colosses veillent, mais c’est pour une femme que le cœur bat sous l’éternel,
Néfertari, « celle pour qui le soleil se lève », grande épouse royale, à la grâce embellie,
Ramsès disait au vent, « Dans la pierre, je grave ce serment, mon amour est éternel ».
Ni le sable, ni les eaux, ni les siècles passant n’effaceront cette reine au cœur flamboyant,
Lorsque le Nil menace, l’homme moderne s’unit pour sauver ce monument,
Abou Simbel fut déplacé, pierre par pierre, pour que l’amour survive à la colère des eaux,
Et dans la nuit d’Égypte, sous un ciel de velours, renaît chaque soir leur amour sans halo.

À quelques coudées de là, creusé dans la pierre dorée se dresse un petit temple,
Celui qu’Amour fit édifier pour une femme qu’il contemple,
Il fit sculpter pour elle, non loin de son palais, un temple dédié à Hathor,
Un sanctuaire élevé pour celle dont la beauté fait pâlir l’aurore.
Guy dit l’Arié…..Joie