CEYLAN, l’île Resplendissante
Voilà déjà près de 25 ans que j’ai visité cette perle rare de l’océan indien,
Déjà elle ne s’appelait plus Ceylan mais elle avait pris le nom de Sri Lanka,
On ne s’est pas attardé dans la capitale Colombo au milieu du brouhaha quotidien,
Des gens en agitation permanente à pied, en vélo ou en rickshaw indélicats.

Sous le vent des siècles, battu par l’histoire, Ceylan fut conquis par bien des empires,
Portugais, puis Hollandais et enfin les Anglais jusqu’à bâtir son propre avenir,
En mille neuf cent quarante-huit, l’île s’éveille, s’émancipe, s’élance,
Et c’est en soixante-douze, le nom Sri Lanka, qu’elle choisit pour tirer sa révérence.

Née de « Kolomba », feuille de manguier, son cœur palpite
d’un rythme métissé, c’est Colombo,
Dans le village de pêcheurs, tout près, les embarcations à grande voile
et balancier unique dansent, c’est Negombo,
Les « oruwa » glissent, voile au vent, fait de bois de jacquier,
ou bien de fibre, plus résistants,
Le thon jeté au sol y luit, fraîcheur sans retenue, mais prends garde promeneur,
le fumet est suffoquant.
Dans le berceau du bouddhisme ceylanais voici Anuradhapura,
silence de pierre, sur cette terre de foi,
Quinze siècles d’éclat, où son dagoba s’élève dans cette capitale des rois,
Sous l’arbre sacré du figuier des pagodes, Bouddha, éveillé par l’esprit, trouva la paix,
Plus loin à Mihintale, quand la lune est pleine, les drapeaux flottent sur le stupa sacré.

Sur les « Trois Collines du Ciel » les fidèles, montent en paix vers l’esprit éclairé,
Un soir de Poya, la pleine lune des bouddhistes, sur la première, l’étoffe multicolore, pour la foi enveloppée,
Sur la deuxième abritant Bouddha en position « vitarka »,
ils vénéreront la statue à la main levée,
Pour la troisième, sur le rocher proche du ciel,
beauté sans détour, mais mille huit cent marches à monter.

Ne cherche pas le pouvoir ici,
Cherche le rêve, l’ombre, et la beauté fragile,
Car un royaume peut tomber,
Mais un regard, lui, traverse les siècles.

les nymphes se dévoilent, cométaires,
Peintes aux murs, vingt silhouettes, parées d’or, de perles, et de miel,
Leurs mains pleines de fleurs, leurs seins en offrande, flottent sous l’éther du ciel,
Sont-elles déesses, concubines, chimères ? Nul ne le sait, leur sourire reste mystère.
À mi-chemin des nuages, là où le ciel s’étire,
Elles dansent depuis mille ans, leurs secrets en sourire,
Vierges d’or, ô belles comètes,
Vos corps peints sont des poèmes prêts à naître.

Pour le plaisir, pour l’éternité,
Leur mystère est une évidence,
Pour le plaisir, en gravité,
Sigiriya défie le temps.
Leurs seins offerts, leurs mains fleuries,
Sont des étoiles en exil,
Et ce soir, sous la lune pâlie,
Je leur chante : « Restez ainsi ».

Sous les brumes douces des monts immobiles, Kandy repose, fière sentinelle,
Abritant la Dent sacrée, perle indocile, dans son temple d’or, où s’élève l’appel,
Lorsqu’août allume l’Esala une prière millénaire, par les portes flamme,
les danses, les enfants portée,
Des éléphants caparaçonnés d’or avec en tête le Raja Senior,
des danseurs tournoyants, et des tambours sans sommeil.

La foule s’incline, les torches dessinent, des halos de feu de ferveur,
Les poyas rassemblent les cœurs agenouillés, la Chambre Sacrée s’ouvre,
Le reliquaire d’or, stupa élevé, rappelle à tous qu’un souffle ancien les couvre.
Puis vient Peradeniya, là où fleurit l’orchidée tigre aux ailes d’ambre,
aux délicates senteurs,
Ainsi, Kandy chante, brûle, prie et se livre,
Ville du sacré, des tambours et des vents,
Un lieu où l’on n’oublie jamais de vivre,
Ni d’élever le monde en marchant lentement.
À Pinnawela, douce enclave paisible, les orphelins massifs, d’un pas sage et blessé,
Boivent au biberon, tendres, invincibles, sous l’ombre des cocotiers doucement balancés,
Depuis 1975, ce lieu enchanteur offre abri aux géants au cœur abandonné,
Dans l'eau de la Maha Oya leurs jeux étincelants, rendent heureux les vieux éléphants d’un monde effacé.

Nous saluons les aînés, puis d’un train charmant, partons vers les hauteurs,
aux mille verts mouvants,
Les rails serpentent les champs de thé frémissant, vers Nanu-Oya,
aux paysages verdoyants,
Voici Nuwara Eliya, là-haut sur la crête, ville perchée dans les brumes du matin,
Où l’air frais s’infiltre en douce pirouette, et le thé parfume les sentiers lointains.
C’est “Little England”, aux murs de briques roses, une poste victorienne,
des villas d’autrefois,
Où les Anglais fuyants la chaleur trouvèrent un coin d’Empire à l’abri des bois,
Sur les collines, silhouettes recourbées, les cueilleuses tamoules, fines mains au labeur,
Arrachent aux buissons les bourgeons désirés, dans un ballet de gestes,
de grâce et d’ardeur.

Vingt kilos par jour, qu’elles portent sans un cri, dans leur dos tendu,
sur le terrain penché,
Seules les feuilles tendres, triées sans répit, connaitront la danse du séchage enchanté,
En quinze heures de vent, le feuillage se livre, perdant poids,
gardant force et parfum subtil,
Puis, tamisé, séché, en secret pour survivre, il devient nectar noir, doux or immobile.
Du côté de Tissamahara, à travers la jungle, par les pistes de Bundala, le 4x4 bondit,
Sous l’éveil des mangroves la savane s’ouvre à la faune sauvage en rideaux infinis,
Dans les lacs d’eau dormante où brillent les roseaux, les buffles s’enlisent, muets,
L’ibis s’envole, traçant des volutes, les flamants s’y mirent en ballet.

Puis la route s'étire vers le sel et la mer, vers Galle,
la rêveuse aux fiers bastions dressés,
Où l’Histoire murmure dans l’air chaud et amer,
aux pavés hérités des empires passés,
En 1505, les Portugais osèrent planter croix et canons au bord des lagons bleus,
Mais les Néerlandais, plus rusés, les chassèrent,
et bâtirent la ville selon leur propre vœu.
Puis en 1796 vinrent les Anglais, d’un pas sans bataille, mais au nom de la Couronne,
Et hissèrent l’Union Jack sur ces terres prolixes,
sans effacer les noms que la pierre couronne,
Galle, l’indolente, offre aux pas du voyageur des ruelles dorées,
Où les bougainvillées dansent en révérence, et le frangipanier mêle son fruit sucré.
là où la mer dépose ses œufs en filigrane,
Cinq espèces y naissent, sur le sable en secret, protégées par des mains,
loin des filets profanes,
Petites carapaces lustrées de sel et d’or,
elles rampent vers l’azur, fragiles mais fidèles,
Tandis que l’homme tente, sur ce rivage encore,
de préserver leur chant dans l’écume éternelle.

Puis à l’aube, vers Galle, les pêcheurs sur échasse,
silhouettes en veille, debouts sur leurs perchoirs,
Écoutent le silence, tels des hérons figés, frémissant dans les brumes jusqu’au soir,
Leurs lignes plongent dans les flots argentés, d’un simple mouvement,
leur bras dessine l’onde,
Leur art si ancestral, dans un monde pressé, reste un hymne vivant
aux gestes qui fécondent.
Enfin, le voyage s’achève en douceur, au Club Palm Bay de Marawila,
sous les brises marines,
Entre lagunes calmes et cocotiers rêveurs, la mer s’étire en paix, tiède et opaline,
Une journée offerte au farniente béni, où l’on goûte aux douceurs du dernier horizon,
Sous le soleil tendre, à l’ombre d’un tamarinier, le cœur en partance et l’âme en floraison.

Adieu, Ceylan, perle aux mille regards,
Ton parfum d’orchidée brillera dans les soirs,
Et que ton chant demeure, profond et sans fard,
Dans les pages du voyage et les replis de ma mémoire.
Dans tes capitales royales, nous retrouverons la tranquillité des villes de rois,
Où cheminent les majestueux éléphants guidés par leur cornac patient,
Placides animaux avançant dans les rues d’un pas lourd et nonchalant,
Caparaçonné d’or, du côté de Kandy, portant la relique de la dent de Bouddha.
Tes belles plages de sable fin et blanc bordées par des immenses cocotiers,
En font une destination laissant une délicieuse impression pour cette île envoûtante,
Mais les Cinghalais bouddhistes et les Tamouls hindouistes ont longtemps guerroyé,
Endeuillant cette grande île en forme de goutte d’eau, appelée « larme scintillante ».
Le 20 Avril 2019 des kamikazes ont frappé des églises et des hôtels avec précision,
Au total plus de 250 morts et 500 personnes hospitalisées pour la plupart sri-lankais,
Les autorités attribuent ces attentats aux djihadistes de l’État Islamique aux aguets.
Ô Sri Lanka, joyau d’ombres et de feu,
Ton nom désormais brille entre mes vœux,
Offre un dernier soupir à mon âme vagabonde,
Pour dire au voyage, tu n’étais qu’une onde !

Guy dit l’Arié…..Joie