Au Fil de l’Aveyron avec le Pèlerin des Drailles
Là-haut, près de Sévérac, les Douze bras ouverts aux vingt-deux ruisseaux frères Viennent gonfler l’Aveyron
jusqu’à Montauban, où il embrasse le Tarn en rivière,
De Pareloup descend une chaîne d’argent pur où les eaux se succèdent, dociles et sûres,
Cette cascade a façonnée les lacs du Lévézou offrant un tourisme sur mesure.
À Decazeville le pain de l’industrie fut noir, et souterrain,
La mine endormie rêve encore à ses fiertés quand le temps du vert vint,
Au creux des vallons une abeille de fer veille au bout du bâton,
Le « laïole » au savoir affûté sert de cadeau aux fils des pâtres en formation.Au cœur des monts d’Aubrac, où le vent chante l’histoire,
Un forgeron rêva, près de l’enclos noirci,
De capturer l’éclair et l’ombre du territoire,
Dans une lame fine, née du feu et du souci.
De capturer l’éclair et l’ombre du territoire,
Dans une lame fine, née du feu et du souci.
L’abeille, reine austère, butinait les genêts,
Et l’homme, inspiré, forgea son dard d’acier bleuté,
Symbole offert aux fils des pâtres et des guérets,
Garde ce qui se tait l’honneur, le pain, l’été.
Et l’homme, inspiré, forgea son dard d’acier bleuté,
Symbole offert aux fils des pâtres et des guérets,
Garde ce qui se tait l’honneur, le pain, l’été.
Le couteau de Laguiole n’est pas qu’un outil,
Mais l’âme du berger qui veille en son exil,
L’écho du bois qui craque, l’étincelle immobile,
Son tranchant est justice, et son manche, asile.
Mais l’âme du berger qui veille en son exil,
L’écho du bois qui craque, l’étincelle immobile,
Son tranchant est justice, et son manche, asile.

Depuis, quand la nuit tombe sur les vieilles bâtisses,
L’abeille vibre encore, murmure aux doigts usés,Elle porte en son vol la ronce et les délices,
Et le secret des hommes qui n’ont jamais parlé.
Et le secret des hommes qui n’ont jamais parlé.
Au souffle de Pentecôte, les troupeaux font cortège, cornes ornées de houx,
Les cloches sont des hymnes et l’estive commence jusqu’ à la fin de l’été,
Dans le mazuc de pierre, le fromager s’attarde, l’aligot s’étire comme un fil de l’amitié,
Servi chaud sous les étoiles avec le gâteau cuit à feu doux.
L’Aligot de Baptiste
Il était une fois Batistou le Cantalès du Camejane,
Un des derniers vrais buronniers de l’Aubrac,
Au milieu du pâturage sentant bon la gentiane,
Il trimait du matin au soir pour sortir sa fourme du bivouac.

Avec le bédelièr, le pastre et le roul il partageait son aligot,
Accompagné de lard bouilli, de tourte et de petit lait,
Sauf le dimanche où une maigre tranche de jambon sortait du lot,
Bien arrosé d’une bonne tassée de piquette, une fête qui se méritait.
Le maître vacher préparait un grand feu de hêtre fagoté,
Posait sur son trépied un grand chaudron bien culotté,
Plongeait dans l’eau bouillante des pommes de terre de l’année,
Qui une fois bien cuites devaient être pelées.
Le bédelièr coupait avec son laguiole le lard rance qui embaumait,
Pour le faire fondre dans la poêle noire en fer,
Le pastre débitait en tranche fine la tome prête à filer,
Le roul tournait la manivelle séparant la crème du petit-lait.
Armé de son pilon le bédelièr écrasait les patates,
Le précieux contenu du chaudron était remis sur les braises,
Muni du bâton d’alisier, le berger touillait la pâte,
Qui s’affinait lentement au contact du saindoux et de la crème fraîche.
Alors que la purée « pétoléjava », le cantalès,
Vidait le grand plat de tomme en criant, ça va être prêt,
Grâce à ses bras de « crastaïre » et après une bonne suée,
Sel, poivre et ail, le mélange épais commençait à filer.
Chez les invités les acclamations fusaient jusqu’au ciel,
Auxquels les buronniers répondaient par leur aüc traditionnel,
Rappelant le puissant beuglement des taureaux de l’Aubrac,
Il ne restait plus qu’à étirer encore le ruban blanc.
Une fois le gosier rafraîchi d’une rincette de bon vin,
Béret jeté à terre et manches largement retroussées,
Nos buronniers déposaient fièrement le chaudron sur son trépied,
C’était la fête dans le mazuc, sous une salve d’applaudissements sans fin.
En cet instant solennel Batistou puisait des truellées filantes,
Tout en jaugeant l’appétit de celui qui tendait son écuelle béante,
Les coups d’œil échangés en disaient long sur la quintessence,
Du travail de la terre et des buronniers pleins de bon sens.

La chanson Lou Mazuc finie, notre cantalès sortait la fourme de la cave,
Au grand bonheur des invités l’accompagnant d’une tranche de fouace,
Arrosant le tout d’un café de Paris et de quelques alcools fins,
Les femmes avaient le regard pétillant, la fête battait son plein.
Vive tous les buronniers qui font la fourme d’Aubrac,
Au milieu de leur troupeau doré,
Vive les roules et les bédelièrs,
Et que demeurent debout les mazucs sans crac.
Cantalès : vacher Bédelièr : responsable des veaux Pastre : berger Roul : homme à tout faire
Mazuc : buron Pétoléjava : faisait des bulles Crastaïre : châtreur
À Montrozier dans l’ombre douce d’un vieux château tranquille pour soudards,
Avec quelque tour où la campagne se déroule, les comtes de Rodez y rêvaient d’étendards,
À Espalion sous les balcons de bois des vieilles tanneries,
Où dans les calquières on plongeait les peaux dans leurs lentes alchimies.

À Bozouls un cri muet résonne au fond du cirque béant,
Le Dourdou l’a sculpté comme un œil de géant,
Le village s’accroche au bord du grand frisson,
Ses maisons guettent le Saut du Mendiant, sans nom ni rançon.
À Marcillac, l’Ady mêle au Créneau ses flots,
Où les faïsses en rang, taillées par des mains moroses,
Font naître un vin vermeil que le Bourrou arrose,
Tandis qu’au cœur du vallon un chant s’élève, comme un psaume.
Où les faïsses en rang, taillées par des mains moroses,
Font naître un vin vermeil que le Bourrou arrose,
Tandis qu’au cœur du vallon un chant s’élève, comme un psaume.
Hymne à Marcillac
Mais à Marcillac-Vallon le miracle séculaire a transformé l’eau en vin,
Dans les travers du coteau ensoleillé où coule l’Ady au fond de la verte vallée,
Toi Mansois, toi Fer Servadou, St Bourrou au Panthéon des vins t’a élevé.
L’hiver enfin fini, au printemps la treille sort du sommeil,
Malgré le froid, le vent, la tempête et la pluie,Le vigneron courtise et bichonne chaque cep endormi,
Au soleil du matin, des larmes au bout des branches s’émerveillent.
De ci de là les maisonnettes des vignes, à l’ombre d’un figuier,
Abritaient les outils et la sieste du vigneron après les fortes suées,
Soutane rouge et chapeau noir, « l’eschanson » chante le vin des gastronomes,Avec son « tassou » pour le goûter et communier au travail des hommes.
Déguster un vin fait surgir des sensations,
Que perçoit on quand on le fait rouler sous la langue,
On fait appel à sa quête d’identité, on le harangue,
À Marcillac délectez vous à la rencontre des vignerons.

C’est au Cardinal à la crème de cassis que l’on vous accueille à la table des Rouerguois,
Ou bien au Ratafia tiré du mout de raisin mélangé à l’eau de vie en éveil,
Un apéritif à la séduisante couleur ambré et au parfum subtil en joie,
Mais c’est le vin de noix qui accompagnera le gâteau du pays : le fameux Soleil.
Sous l’œil du donjon fier de Belcastel perché, l’Aveyron, en miroir le reflète,
Pouillon, magicien des temps ressuscités, redonna vie aux tours, au passé qu’on répète,
Plus haut, Estaing se dresse, gardien de voie sacrée, son pont gothique invite le pèlerin en marche,
Le château, fier bastion qu’un président acquit, écoute encor vibrer les pas sur la via arche.
Conques, joyau du Rouergue et perle du chemin, inspire ferveur, mystère et poésie,
Écrin de lumière au creux des monts paisibles, où Ste Foy y resplendit
Gardienne du pèlerin, offre à l’âme en chemin ses pierres indicibles,
Les yeux de Sainte Foy brillent encore s’ils croisent la prière sincère d’un cœur sensible.
À Tauriac, Paul Bodin dressa sur le Viaur son rêve de métal,
Un arc d’acier tendu dans le souffle des airs où le train siffle sur le pont royal,
À Sauveterre, la bastide carrée ouvre sa place aux maisons à pans de bois,
Sous ses couverts, les forges chantaient sous les mains ouvrières, au temps des rois.
Et les couteaux naissaient dans l’ombre des pierres et les braises du Rouergu
Feuille de sauge au manche, Sajon d’acier, le coutelier le brandissait chaussé de ses bourrègues,
Le couteau de Sauveterre, celui des justes, dont la lame acérée révélait la vérité,
Pour un coupable elle noircissait, si son cœur était pur, comme l’argent sous la lune, elle brillait.
Dans l’Aveyron, aux dimanches d’été, le jeu des quilles vient tout en gaieté,
Ni sifflet, ni maillots, juste du bois, des gestes et des mots jetés,
Elles sont huit, hautes de soixante fièrement sur l’aire de sable dressées,
Le joueur s’élance, boule de noyer ronde en main et le cœur est visé.

D’abord on « prend quille », avec adresse, puis vient le second tir, plein de finesse,
Quand les huit volent en un bel élan, le silence se rompt dans la liesse,
Ici pas besoin de stade ou d’arène, un bout de terrain suffit à la partie familière,
Le geste est pur, l’œil droit, l’instant clair, un art paysan comme une prière.
Dans l’ombre des Ruthènes s’élève une dentelle de pierre tout de rose habillée,
Notre-Dame de Rodez, flèche au ciel, prie l’horizon avec piété,
Dentelle en grès rosé, ses flèches rayonnantes veillent sur la cité,
Elle abrite la foi dans un décor brûlant, par ses tours de garde flanquée.
La Tour Corbières, geôle au temps de la Fronde, garde le souvenir de l’histoire,
Et l’ancien évêché, noble et silencieux, se rêve en grand hôtel, dans un luxe péremptoire,
La Maison d’Armagnac, au charme intemporel, mêle gothique fier et langage éternel,
Au Foirail s’élève l’antre de Soulages, maître du noir profond, des reflets universels.
Sous l’archet du Moyen Âge, en damier ordonné, naquit Villefranche au passé enraciné,
Pont des Consuls et foires centenaires, sous les arcades, résonnent l’âme des rouerguais,
La collégiale veille, des ailes claquent au-dessus de son clocher inachevé,
Faucons contre pigeons, une guerre des hauteurs, pour que le gothique continu de respirer.
Dans le Rougier de feu, sous les monts de Lacaune, le Dourdou fait danser ses méandres carmin
Les brebis au regard de ciel et de cabane, offrent leur lait d’argent pour le bleu du matin,
Roquefort sur Soulzon, creusé dans le calcaire, fait mûrir ses trésors au creux des fleurines,
Où l’air frais circule en courant millénaire, dans ces caves sacrées aux senteurs clandestines.
Un pâtre amoureux, distrait par la bergère, laissa là son repas, du pain, du lait, et son cœur,
Et trouva du miracle un goût né dans la pierre, la moisissure bleue, ferment de grand bonheur,
Du Roquefort d’abord, du Roquefort encor’ ! disent les vieux du cru, la tartine à la main,
Même les rois jadis se fiaient à son sort, pour nourrir leurs sujets, d’un peuple montagnard sain.

Guy Pujol dit l’ARIÉ…..JOIE